class="st0" />

PhytoChemia Acta

Découvertes

Un vétiver atypique

25 février 2019

Benoit Roger, Ph. D. & Alexis St-Gelais, M. Sc., chimiste

Le Vétiver (Vetiveria zizanioides, syn. Chrysopogon zizanioides) est l’une des huiles essentielles que nous recevons le plus souvent pour analyse. C’est également l’une des plus complexes à analyser car elle ne contient presque que des sesquiterpénoïdes dont beaucoup sont encore inconnus et présentent une mauvaise séparation en chromatographie gazeuse. Malgré tout, la composition des échantillons que nous recevons est relativement stable pour une origine donnée (voir tableau 1).

Récemment, nous avons reçu un échantillon de Vétiver ayant une composition très atypique. Une composition que nous n’avions jamais vu auparavant (voir dernière colonne ‘’NG’’, du tableau 1). La conclusion dans ce genre de cas n’est généralement pas très facile à tirer mais nous devions tout de même dire à notre client qu’il semblait y avoir un problème avec cette huile, qu’elle était peut-être polluée ou bien mélangée avec une autre huile (même si nous ne pouvions pas identifier laquelle). Notre client nous a alors expliqué que ce n’était probablement pas le cas car cette huile essentielle provenait directement d’une tribu en Papouasie de l’Ouest qui ne travaillait actuellement que sur le Vétiver. Ils nous ont alors mis en relation avec la tribu en question qui a été très coopérative et qui nous a rapidement fait parvenir des rhizomes pour vérification. Nous avons distillé le Vétiver en utilisant une méthode similaire à la leur puis nous l’avons analysé et nous avons trouvé la même composition que le premier échantillon reçu. Ayant pu vérifier le matériel végétal par nous-même, ceci confirmait sans ambiguïté la pureté de l’huile initiale. De plus l’huile essentielle obtenue avait un parfum extraordinaire.

Tableau 1 : Concentration moyenne (%) des principaux composés des huiles essentielles de vétiver que nous avons analysé jusqu’ici (environ 100 échantillons) dépendamment de leur origine.

Les données présentées dans le tableau 1 sont conformes à la littérature (en tout cas pour les composés principaux et considérant la complexité de l’huile essentielle). P. Champagnat et al.1 rapportent également la composition d’échantillons d’origines différentes : Brésil, Salvador, Mexique, Chine, Madagascar, Réunion, mais ils ne rapportent aucun échantillon contenant du valérianol et des agarofuranes. Toutefois, il ne s’agit pas du premier rapport de ces composés2,3 dans l’huile essentielle de Vétiver, mais à notre connaissance ils n’ont jamais été rapportés à de telles concentration. Ils semblent plutôt rarement présents et/ou présents à trop faible concentration pour être détectés en analyse de routine par GC classique.

Dans tous les cas cette huile essentielle de Vétiver provenant de la tribu Meyah en Papouasie de l’Ouest est clairement différente de ce que l’on retrouve sur le marché et dans un monde en constante recherche de nouveauté et d’unicité, cette particularité pourrait bien aider la tribu Meyah à développer et à vivre de cette activité. C’est tout du moins ce qu’on lui souhaite.

Ceci nous rappelle également qu’il y a encore beaucoup de chose à découvrir sur les plantes aromatiques et que certaines huiles essentielles qui paraissent inhabituelles, suspectes ou même polluées peuvent bien être de très belles huiles essentielles provenant de nouveaux (chémo)types et/ou d’une localité particulière. Cette histoire est également un très bon exemple de comment les producteurs, détaillants et laboratoires peuvent travailler ensemble pour résoudre de telles situations. Lorsque quelque chose d’inhabituel est trouvé dans une huile essentielle, le laboratoire devrait toujours le mentionner au client. Souvent, le détaillant ou le producteur sont tentés de discuter ou contester la conclusion en disant que le produit en question est exceptionnel et/ou de bien meilleur qualité que ce qui se trouve sur le marché. Ceci est peut-être vrai dans certains cas mais l’argumentaire n’apporte bien souvent aucune base solide pour que le laboratoire puisse réviser sa conclusion. Le seul moyen pour le démontrer est de collaborer avec le Laboratoire pour qu’il puisse vérifier les faits par lui-même et de manière transparente. C’est exactement ce que toutes les personnes impliquées dans ce dossier ont fait et nous les en remercions.

Les tests réalisés pour présenter ce travail ont été fait sans aucune compensation financière. Ils ont été faits par simple curiosité scientifique et pour faire avancer les connaissances dans notre domaine d’activité.

 

Références :

 

1P. Champagnat, G. Figueredo, J.-C. Chalchat, J.-M. Bessiere. A Study on the Composition of Commercial Vetiveria zizanioides Oils from Different Geographical Origins. J. Essent. Oil Res., 2006, 18, 647.

2N. Hanayama, F. Kido, R. Sakuma, H. Uda, A. Yoshikoshi. Tetrahedron Lett., 1968, 58, 6099.

3P. Pripdeevech, S. Wongpornchai, P. Marriott. Comprehensive Two-Dimensional Gas Chromatography–Mass Spectrometry Analysis of Volatile Constituents in Thai Vetiver Root Oils Obtained by Using Different Extraction Methods. Phytochem. Anal., 2010, 21, 163.

Crédits photos : Michael Cochran

 

Crédits photos : Hubert Marceau & Benoit Roger

Laissez un commentaire