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La littérature scientifique… c’est quoi? (Partie 1 de 2)

3 novembre 2016

Alexis St-Gelais, M. Sc., chimiste

Lorsqu’on discute d’un sujet scientifique, il est important d’aller au-delà des opinions et du ouï-dire si l’objectif est d’apprendre des informations valables ou de formuler une conclusion sensée. À ce titre, la source des éléments soumis à la discussion deviennent très importants. Pour le meilleur et pour le pire, nous vivons à l’âge de la surenchère informationnelle. Internet est rempli à la fois d’excellentes et d’horribles données, et les explications fournies par des experts à la crédibilité indéfinie compliquent encore la tâche de distinguer le vrai du faux. L’une des sources les plus utiles et crédibles vers lesquelles on peut se tourner lorsque l’on cherche une information (et que nous devrions pouvoir citer avant de présenter des faits) est la littérature scientifique. Mais comment fonctionne-t-elle, au juste?

La littérature scientifique peut être catégorisée en différents niveaux. La littérature tertiaire en est la forme la plus transformée. Elle contient de l’information digérée à partir d’autres textes scientifiques variés, et présentée de manière à être accessible à divers publics (incluant, souvent, les non-initiés) afin de transmettre des principes et faits largement reconnus. Ce genre de littérature a l’avantage de présenter un large portrait d’un sujet. Pour sa part, la littérature secondaire présente une revue de la littérature scientifique par des experts pour des experts, ayant pour objectif de centraliser toutes les connaissances disponibles sur un sujet précis à un moment donné. Elle permet parfois de mettre en évidence des tendances larges qui échappaient aux études spécifiques. Ce genre de texte demeure d’abord et avant tout destiné à un public scientifique informé. La littérature la plus abondante, toutefois, est la littérature primaire, c’est-à-dire les articles scientifiques, les thèses ou encore les comptes-rendus de conférences ayant été révisés par les pairs. La figure 1 montre un exemple de littérature primaire. Ces textes ont toujours pour objectif de présenter de nouvelles découvertes, préalablement jamais décrites, à la communauté.

Figure 1. Example of a peer-reviewed article.

Figure 1. Exemple d’un article révisé par les pairs.

La révision par les pairs est une pierre angulaire de la pratique scientifique actuelle. Elle poursuit deux objectifs: assurer que les données présentées ont été récoltées et interprétées en accord avec les meilleures pratiques en cours dans leur domaine; et écrémer les raccourcis, les biais, les conclusions farfelues et la surenchère non-fondée, ou encore filtrer les travaux qui n’ajoutent rien de neuf aux connaissances (ou pire, qui ont été plagiés). Voici les étapes devant communément être franchies par un travail scientifique avant d’être publié dans un journal sérieux:

  1. Le travail de recherche lui-même est réalisé, et ses résultats et conclusions sont couchés sur papier sous la forme d’un manuscrit. Ce dernier est rédigé suivant les lignes directrices fournies par le journal ciblé par les auteurs.
  2. Le manuscrit, accompagné d’une lettre de présentation et de toutes les informations annexes pertinentes, sont envoyées à l’éditeur du journal. Il sera d’abord rapidement relu par l’éditeur et son équipe pour s’assurer qu’il respecte trois critères, soit d’être suffisamment novateur, d’être pertinent dans le cadre scientifique traité par le journal, et d’être décemment écrit (un langage incompréhensible ou des résultats particulièrement aberrants seront probablement rejetés sans autre considération).
  3. L’éditeur réunira ensuite une équipe de réviseurs, qui sont d’autres scientifiques menant des travaux dans un domaine étroitement relié au sujet du manuscrit. Habituellement, on compte deux ou trois réviseurs. Leur tâche consiste à relire attentivement le manuscrit, et de juger si ce dernier est digne d’être publié (accepté avec ou sans modifications), ou non (il est alors rejeté). Cette décision doit être appuyée par des commentaires et des demandes de modifications, qui peuvent parfois être majeures et exiger des auteurs la récolte de nouveaux résultats pour consolider leurs conclusions. Ce processus est entièrement anonyme: les réviseurs doivent ignorer qui sont les auteurs, et vice-versa.
  4. L’éditeur (qui est également un scientifique versé dans le domaine) prend une décision finale à partir des opinions des réviseurs, et peut ajouter ses propres requêtes de modifications et commentaires. Un article est très rarement accepté sans modification. En cas de rejet, les auteurs peuvent tenter leur chance auprès d’un journal à la ligne éditoriale différente, ou encore se remettre au travail et enrichir leur manuscrit pour le soumettre de nouveau.
  5. Si, au fil du temps, la communauté constate qu’un article publié présente des failles (on peut citer le cas de la fameuse étude traçant un lien entre vaccination et autisme, qui était truffée de défauts conceptuels, de raccourcis et de problèmes éthiques), ce dernier peut être rétracté. Dans un tel cas, il devrait être considéré comme entièrement invalide, puisqu’on considère qu’il n’aurait jamais dû être publié à l’origine.

En règle générale, des travaux ayant subi une révision par les pairs devraient être considérés comme plus fiables que des informations glanées sur des forums, des blogues, ou par bouche-à-oreille. On devrait même se méfier d’informations provenant d’experts eux-mêmes (ce qui nous inclut) et qui ne seraient basées que sur l’autorité scientifique de ces derniers, et non sur des données ou des sources vérifiables. Cela s’explique par le fait que nul n’est entièrement à l’abris des biais, qu’ils soient conscients ou non. L’apport constructif de collègues scientifiques va plus loin pour améliorer la qualité des découvertes présentées dans des articles scientifiques.

Toutefois, cela n’est pas le fin mot de l’histoire. Il existe certains pièges à éviter lorsque l’on consulte de la littérature primaire – mais cet aspect sera abordé dans une seconde partie!

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